6. REGIONS DES ETHNIES MONTAGNARDES

Ratanakiri, Peuples des Montagnes

Une province riche de paysages et de vie sauvage

Cette province du nord-est du Cambodge borde celles du Mondulkiri au sud et de Stung Treng à l’ouest et les pays du Laos et du Vietnam au nord et à l’est. La province s’étend des montagnes de la chaîne annamite au nord, à travers un plateau vallonné entre les fleuves Tonle San et Tonle Srepok.

La région reste, encore aujourd’hui un site important pour la conservation des oiseaux en voie de disparition

La géographie de la province est variée, englobant des collines, des montagnes, des plateaux, des bassins versants de plaine et des lacs de cratère. La région est connue pour ses forêts luxuriantes, ses cascades et trous d’eaux magnifiques.

En 1997, près de 80 % de la province était boisée, soit avec des forêts anciennes soit avec des forêts secondaires qui se régénéraient grâce au système de culture itinérante. Dans les hautes terres entre le Tonle San et le Tonle Srepok, un plateau de basalte vallonné fournit des sols rouges très fertiles.

Le Ratanakiri possède certains des écosystèmes de forêt tropicale de plaine et de forêt montagnarde les plus diversifiés de l’Asie du Sud-Est continentale. 44 espèces de mammifères, 76 espèces d’oiseaux et 9 espèces de reptiles ont été recensés lors d’une vieille étude de 1996.

Un autre relevé effectué dans le parc national Virachey dix ans plus tard recensait 37 espèces de poissons, 26 espèces d’amphibiens et 15 espèces de mammifères, dont plusieurs espèces auparavant jamais observées.

La faune du Ratanakiri comprend essentiellement les éléphants d’Asie, les gaurs et les singes. La région reste, encore aujourd’hui un site important pour la conservation des oiseaux en voie de disparition tels l’ibis géant et le marabout. Les forêts de la province contiennent une grande variété de flore : 189 espèces d’arbres et 320 espèces de flore et d’arbres au sol ont été recensées.

 

Bien entendu, ce « hotspot » de biodiversité est devenu un observatoire idéal pour de nombreuses ONG de conservation, principalement Conservation internationale (USA) mais aussi d’historiens, d’ethnologues et de sociologues attirés par la diversité ethnique et la richesse culturelle de ces populations tentant de maintenir un lien fort et respectueux avec leur environnement naturel.

Il fut un temps ou le tigre d’Indochine régnait dans les forêts du Ratanakiri. Malheureusement, le seigneur de la jungle est officiellement devenu une espèce disparue il y a plusieurs années.

Près de la moitié du Ratanakiri a été officiellement déclarée zone protégée. Cela comprend essentiellement le sanctuaire de Lomphat et le parc national de Virachey. Cependant, même ces zones restent encore victimes de l’exploitation illégale et du braconnage.

Les minorités ethniques géraient traditionnellement près de 4 millions d’hectares de forêts sempervirentes et de savanes. La subsistance alimentaire des cultures autochtones était fortement liée à leurs systèmes d’utilisation des terres et à l’accès aux ressources forestières.

Les minorités pratiquent la culture itinérante et l’élevage, récoltent la résine, la cardamome et le miel dans les forêts. D’autres ressources dépendent aussi de l’emplacement, comme l’extraction de pierres précieuses tel le zircon dans le Ratanakiri.

Mondulkiri

Située au nord-est du Cambodge la province du Mondolkiri regorge de beautés naturelles avec de superbes paysages, de hauts plateaux vallonnés, des forêts tropicales et des cascades. Chef-lieu de la province, Saen Monourom est située à 850 mètres d’altitude. La ville est habitée par des minorités ethniques (Stieng, Kraol et Bunong), aux traditions animistes et aux modes de vie ancestraux.

Les Bunongs occupent la région depuis plus de 2000 ans. Les zones aux alentours sont très riches en biodiversité, elles sont réputées pour leurs forêts épaisses, leurs collines vallonnées et leurs cascades pittoresques. La province abrite également une faune importante et notamment des espèces en voie de disparition telles que l’ours de Malaisie et quelques félins.

La majeure partie de la population vit de la terre en plantant du riz, des arbres fruitiers et des légumes. D’autres font pousser du café, des fraises, du caoutchouc et des noix de cajou. Il y a aussi une production assez commune du fameux vin de riz qui est l’un des meilleurs du pays. En outre, ces ethnies vendent des produits artisanaux tels que des bracelets, des colliers et des kramas.

Depuis sa création en 2013, l’ONG Cambodia Elephant Rescue Organisation gère le Mondulkiri Project. Elle a pour objectif la sauvegarde de la forêt et le développement d’un sanctuaire pour éléphants. Face à une déforestation massive ces 10 dernières années, la province a perdu environ 45 % de sa surface forestière, perte due principalement au commerce de bois précieux. L’activité principale de l’ONG aujourd’hui consiste à organiser des treks dans la jungle et proposer une journée complète en compagnie d’éléphants pour sensibiliser la population.

La déforestation est l’une des principales causes de la quasi-disparition des éléphants Le Mondulkiri Project loue une grande partie de la vallée proche de Saen Monourom à la minorité Bunong pour accueillir les pachydermes, dont beaucoup sont en fin de vie. Ces animaux ont beaucoup souffert de l’activité touristique, comme les promenades à dos d’éléphant, ou par l’exploitation des paysans qui s’en servaient pour le transport du bois et les dressaient pour leur force exceptionnelle.

Aujourd’hui, au Cambodge, les touristes ne peuvent plus monter sur le dos des éléphants lors des treks, une pratique abandonnée en 2020. Les fonds récoltés par l’ONG permettent de soutenir ce projet, mais également aider financièrement les populations Bunongs, afin de limiter leur dépendance économique à la vente de bois, en partie à l’origine de la déforestation.

L’éléphant d’Asie est végétarien. Il se nourrit d’une grande variété de végétaux comme de l’herbe, des plantes, des fruits, des racines ainsi que des tubercules. Il est plus petit : 2 à 3,5 m au garrot contre 3 à 4 m pour son cousin africain. Il est aussi plus léger, 2 à 5 tonnes contre 3 à 8 tonnes pour l’éléphant d’Afrique.

Autres particularités pour l’éléphant d’Asie : seuls les mâles ont des défenses proéminentes. Ils présentent une dépigmentation de la peau sur certaines zones comme la trompe et les oreilles. Ils doivent donc se recouvrir de boue, de poussière et de feuilles pour se protéger des agressions du soleil et des insectes. Leur dos est également vulnérable à cause du développement très prononcé des épines dorsales de leurs vertèbres. L’éléphant asiatique est classé comme espèce menacée depuis 1986.

Sa population décline depuis ces 30 dernières années. D’après l’organisation Cambodia Elephant Rescue, il resterait environ 400 éléphants au Cambodge.

S’aventurer au cœur de la jungle pour observer les éléphants dans leur élément naturel

Plus de 70 % des éléphants qui vivent en captivité au Cambodge se trouvent dans la région de Mondolkiri. Plusieurs ONG, dont le Mondolkiri Project, proposent trekking et balade avec les pachydermes. L’idée est à la fois de découvrir la beauté de la jungle en passant par des visites au milieu de villages des minorités de la région. Observer et suivre les éléphants dans leur habitat naturel, les approcher pour les nourrir et les laver, apprendre sur leur comportement est une expérience inoubliable et un moment fascinant !

La communauté ethnique des Bunongs

Ce peuple autochtone vit d’agriculture (riz, hévéa, anacardier, légumes divers), de cueillette, d’élevage, de pêche et de chasse. Il demeure en étroite symbiose avec son environnement. Notamment la forêt, grâce à laquelle les Bunongs survivent depuis plus de 2 000 ans. C’est une ethnie par ailleurs réputée pour ses qualités de dressage d’éléphants. Cette tribu majoritaire est animiste, elle croit, tant dans les esprits de la forêt que dans le pouvoir des ancêtres.

Un peuple autochtone et animiste

La communauté Bunong a toujours vécu en marge de la société. C’est une minorité ethnique vivant dans l’une des provinces les moins peuplées du Cambodge, le Mondolkiri. Aller à leur rencontre, vous comprendrez mieux leur lutte : la conservation de leur patrimoine. Leurs terres ancestrales sont actuellement très convoitées et achetées par des multinationales, notamment pour la culture de l’hévéa, l’arbre à caoutchouc.

Les Bunongs cohabitent avec les animaux qu’ils élèvent : les buffles, les vaches, les cochons, les volailles, les chats et les chiens. Aux habitations traditionnelles de huttes de paille se substituent progressivement de jolies maisons en bois. Ce sont des animistes, avant de manger, il prie pour les esprits du lieu ou pour la forêt en leur demandant sécurité, joie et pour que tout se passe bien. Ce sont des travailleurs acharnés La vie est assez difficile pour les Bunongs.

Ils travaillent avec acharnement, même les plus âgés, pour se nourrir et survivre. La médecine traditionnelle est encore très présente chez cette population, elle a recours à différentes pratiques : du rebouteux à l’herboriste, en passant par l’accoucheuse et le sorcier. Ces professions se transmettent souvent de génération en génération.

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